vendredi 27 novembre 2009

Au XXIéme siècle, il conviendra d'avoir de la chance!


En 1975, on pouvait voir sur les écrans : "En l'an 200, il conviendra de bien faire l'amour". Dans ce film, Pasquale Festa Campanile faisait le portrait d'une société où toute forme d'énergie ayant disparu, on exploite celle obtenue au cours des rapports sexuels. Après avoir lu Reich, un sexologue décide d'utiliser l'énergie sexuelle libérée par l'orgasme pour produire de l'électricité : après des essais concluants il recrute des travailleurs pour son usine et impose des cadences infernales.
Malheureusement, le réalisateur italien s'est un peu trompé. Il apparaît aujourd'hui qu'il est complètement inutile de faire l'amour. Au XXIème siècle, il conviendra surtout d'avoir de la chance. De nombreux exemples le démontrent. Dans certains états des Etats-Unis, on tire au sort parmi les nécessiteux pour savoir lesquels auront droit à être soignés. Une lettre de l'alphabet est tirée au sort, et ceux qui ont cette lettre peuvent entrer à l'hôpital. Les autres ont le droit de revenir le mois suivant, s'ils sont encore vivants. En Italie et en Angleterre, on a imaginé des loteries qui permettent de gagner des emplois. Dans tous les pays, on fait rêver le peuple avec des gros lots de plus en plus gros. On peut y gagner des millions d'euros. Les chômeurs sont invités à jouer leurs allocations et les malades se doivent de dépenser l'argent des médicaments. Les jeux télévisés sont en vogue et on peut y trouver matière à se sauver de la pauvreté. Les casinos sont désormais ouverts à tous et le smoking n'est plus exigé.
En 1987, Serge Gainsbourg chantait "Aux enfants de la chance", et dans ce texte il mettait en garde les jeunes contre la drogue :
Aux enfants de la chance
Qui n'ont jamais connu les transes
Des shoots et du shit
Je dirai en substance
Ceci
Touchez pas à la poussière d'ange.
En Roumanie, j'ai lu des petites annonces et j'ai pu constater que des malades cherchaient des sponsors pour se faire opérer. Eh oui, toute notre vie aujourd'hui est organisée autour de cette idée : trouvons un sponsor. Si on a la chance d'être sponsorisé, on peut envisager de faire des études, on peut trouver un emploi et plus tard une place sur une table d'opération. J'imagine que les chirurgiens font les cicatrices en forme de logos. Avec un sponsor, on peut faire du sport. On peut devenir artiste ou acteur. Une autre petite annonce m'avait intrigué :"Américain basé à Bucarest cherche à sponsoriser une jeune étudiante en échange de quelques heures au lit".
Il convient d'avoir de la chance pour éviter, si vous êtes Afghans ou Irakiens, les bombardements des démocraties. Il convient d'avoir de la chance pour éviter la famine si vous êtes Africains. En Europe de l'Ouest, il convient d'avoir de la chance pour éviter les liquidations d'entreprises et les délocalisations. En Europe de l'Est, il convient d'avoir de la chance pour que les gouvernements ne mettent pas tous les fonctionnaires en congé forcé non payé. C'est exactement ce qu'il se passe actuellement et scandaleusement en Roumanie sur les recommandations du F.M.I. Oui, il faut vraiment de la chance pour éviter que le F.M.I., qui a déjà causé tant de désastres dans tant de pays, ne s'occupe de vous et vous condamne définitivement à la misère. Rappelons qu'en 1989, quelques mois avant sa chute, Nicolae Ceaucescu était considéré par le Fonds Monétaire International comme "son meilleur élève", parce qu'il avait réussi à rembourser les emprunts qu'il devait à la finance internationale en faisant crever de faim son peuple.
Il est à craindre malheureusement que c'est Sigismund Krzyzanowski qui avait la vue la plus juste dans son premier recueil de contes écrits entre 1926 et 1939. C'est un auteur polonais que Guy Cambreleng, étonnant comédien voyageur, m'a fait connaître. Dans sa nouvelle "La Houille Jaune", un inventeur qui trouve une nouvelle source d’énergie (car la fin du charbon sur Terre hantait déjà les préoccupations de cet auteur visionnaire) en élaborant une houille jaune à partir de la bile créée par la haine des hommes... Avec l'énergie de la haine, qui est inextinguible et intarissable, tout est permis et le monde sera sauvé.

În secolul XXI ar fi bine să ai noroc!


În 1975, se putea vedea pe marile ecrane „În anul 2000, ar fi bine să știi să faci dragoste”. În acest film, Pasquale Festa Campanile făcea portretul unei societăți în care orice formă de energie dispăruse, prin urmare se exploata energia obținută în timpul raporturilor sexuale. După ce l-a citit pe Reich, un sexolog hotărăște să folosească energia sexuală eliberată în timpul orgasmului pentru producerea energiei electrice. După o serie de încercări concludente, acesta recrutează „muncitori” pentru „uzina” sa și impune un ritm de lucru infernal.
Din nefericire, realizatorul italian s-a cam înșelat. Se pare că astăzi este complet inutil să faci dragoste. În secolul XXI e de preferat în special să ai noroc. Numeroase exemple demonstrează acest lucru. În anumite state ale SUA, s-a făcut o tragere la sorți în rândurile persoanelor nevoiașe pentru a se ști cine are dreptul la îngrijiri medicale. Cei al căror nume începea cu litera extrasă aveau acces la spital. Ceilalți aveau dreptul să revină luna următoare, dacă mai erau încă în viață. În Italia și Anglia, s-au inventat loterii care permit câștigarea de locuri de muncă. În toate țările oamenii sunt îmbiați să viseze cu lozuri din ce în ce mai mari. Se pot câștiga milioane de euro. Șomerii sunt invitați să-și joace alocațiile iar bolnavii să-și pună la bătaie până și ultimul bănuț de medicamente. Și jocurile televizate sunt în mare vogă fiind o modalitate de a scăpa de sărăcie. În zilele noastre cazinourile sunt deschise tuturor iar smokingul nu mai este obligatoriu.
În 1987, Serge Gainsbourg cânta „Aux enfants de la chance”, iar în textul său le atrăgea atenția tinerilor asupra drogurilor:
Aux enfants de la chance
Qui n'ont jamais connu les transes
Des shoots et du shit
Je dirai en substance
Ceci
Touchez pas à la poussière d'ange.
În România, am citit diverse anunțuri la mica publicitate și am constatat că sunt bolnavi în căutare de sponsori pentru a-și putea permite o intervenție chirurgicală. Ei da, astăzi, întreaga noastră viață este organizată în jurul acestei idei: găsirea unui sponsor. Dacă avem norocul să fim sponsorizați, ne putem gândi la studii, la un loc de muncă și, mai târziu, la un loc pe masa de operație. Mi-i imaginez pe chirurgi făcând operația în formă de siglă. Numai cu un sponsor putem face sport. Sau putem deveni artist. Dar un alt anunț m-a intrigat de-a dreptul: „American stabilit la București, sponsorizez tânără în schimbul câtorva ore în pat”.
E bine să ai noroc pentru a evita bombardamentele democrației, dacă ești afgan sau irakian. E bine să ai norocul de a scăpa de foamete dacă ești african. În Europa de Vest, e bine să ai noroc ca să scapi de șomaj. În Europa de Est, e nevoie de noroc pentru ca guvernele să nu-i trimită pe funcționari în concediu forțat neplătit. Este exact ceea se întâmplă actualmente în România, la recomandarea scandaloasă a FMI. Da, avem într-adevăr nevoie de noroc pentru ca acest FMI ce a cauzat atâtea dezastre în multe țări, să nu se ocupe de noi și să nu ne condamne la mizerie pentru totdeauna. Să ne amintim că în 1989, cu câteva luni înainte de prăbușirea regimului comunist, Nicolae Ceaușescu era considerat de Fondul Monetar Internațional ca fiind „elevul său cel mai bun”, pentru că reușise să ramburseze împrumutul făcut cu prețul înfometării poporului.
Se pare că, din nefericire, Sigismund Krzyzanowsky și-a dat seama cel mai bine de situație în prima sa culegere de povestiri scrise între 1926 și 1939. Este un autor polonez ce mi-a fost făcut cunoscut de Guy Cambreleng, un uimitor actor călător. În nuvela „Huila galbenă” un inventator care găsește o nouă sursă de energie (căci epuizarea carbonului de pe Pământ îi bântuia deja preocupările de autor vizionar) extrăgând din fiere o huilă galbenă generată de ura umană... Cu cantitatea de energie provenită din ură, care este inepuizabilă și de nestins, totul este permis iar lumea va fi salvată.

vendredi 13 novembre 2009

Etre sur la photo


Dans son blog, l'écrivain sévillan, Javier Marias, constate l'appétit des hommes politiques actuels pour les photographies. Bien sûr, il ne s'agit pas de n'importe quelle photos, mais celles où on peut les voir en « bonne compagnie ». En Espagne, comme ailleurs, le chic est d'être photographié avec Barak Obama. On sait que Sarkozy a fait aussi des pieds et des mains pour poser à côté du président américain. Il aurait aussi eu l'impression de récupérer un peu du prestige que l'on accorde au récent Prix Nobel de la Paix. Mais Marias ajoute :«En quoi cette fausse intimité avec des personnalités est-elle intéressante? Apporte-t-elle un surplus d'intelligence ou de vaillance? Est-ce que le prestige serait contagieux? Ces exhibitions ou trophées photographiques me paraissent d'une vulgarité absolue et dénotent une personnalité complexée, présomptueuse et naïve.» Il cite l'exemple d'un homme politique espagnol qui voulait vraiment poser avec Obama et, comme on lui a expliqué que ce président avait malheureusement autre chose à faire, il se consola en se faisant prendre en photo avec le gouverneur du Nouveau-Mexique. « Ces gesticulations sont le fait, écrit-il, de quelqu'un qui se considère lui-même comme de la merde. Et ce n'est pas bon qu'un homme qui a de grandes responsabilités politiques en Espagne ait de telles préoccupations. » Javier Marias dénonce aussi le ridicule des salles à manger où l'on voit le maître de maison posant, dans un cadre doré ou en argent, avec le pape, Bush, ou Berlusconi. Pour lui, c'est une faute de goût qui dénonce une médiocrité sans fond. C'est d'autant plus dérisoire qu'avec les progrès de la technique informatique, on peut vous voir sur internet entrain d'embrasser Marilyn Monroe ou jouer aux cartes avec Fidel Castro. Merci Photoshop!
Je me souviens d'un Conseiller Culturel de l'Ambassade de France à Kiev qui tenait à apparaître systématiquement en compagnie des artistes connus que nous recevions. Ainsi, il se glissait à côté du musicien Richard Galliano, qui se demanda d'ailleurs s'il ne faisait pas partie de la police politique du pays. Mais aussi à côté de Mireille Mathieu, que nous n'avions pas invitée, mais qui se trouvait en tournée en Ukraine. Il fallait absolument qu'il représente la France au bras de cette éternelle starlette de la chanson française. D'autant, ajoutait-il, qu'elle est la chanteuse préférée du président ukrainien. Il faut dire qu'il faisait partie de ces individus qui, avec leurs subordonnés, savent si bien joindre l'inutile au désagréable, mais qui sont d'une veulerie et d'une complaisance infinie en présence de l'ambassadeur. Il était, en outre, affligé de tics permanents. Je crois qu'il devait aimer les photographies parce que c'était le seul moment où son visage était au repos. Pour le reste, tout ce qu'il avait retenu de son apprentissage en diplomatie, c'est qu'il fallait commencer toutes les phrases par : « Vous ne craignez pas que... Vous n'avez pas peur que... » En effet, il était d'une telle prudence qu'il ne fallait jamais dire du mal de Staline ou de Hitler devant lui. « Vous ne craignez pas que cela indispose nos interlocuteurs? Vous n'avez pas peur que cela jette un froid? »
Aujourd'hui que n'importe quel téléphone portable se transforme en un instant en appareil photo, il est courant de voir des passants se précipiter sur une personne connue et lui dire :
- « Je vous ai reconnue! Vous permettez? Je voudrais tant être en photo avec vous! Je vous en prie! Je vous admire depuis que je suis tout petit! Et ma mère aussi! »
Le problème est qu'il faut une troisième personne pour réaliser le projet. Alors, le fanatique cherche quelqu'un dans la foule qui voudrait bien faire le photographe. Ce n'est pas si facile parce que tout le monde se méfie de tout le monde, et bien sûr chacun est pressé. On finit néanmoins par trouver un brave garçon qui veut bien se dévouer pour cette grande cause, mais il ne comprend pas le maniement de l'appareil. Il met en route les jeux et les musiques du portable. La vedette s'impatiente, mais garde son sourire qui est sa marque de fabrique. Après un cours rapide d'initiation au matériel moderne, enfin le photographe est prêt. Mais il faut aussi calculer la position du soleil et faire en sorte que personne ne passe devant les protagonistes. Et au moment où tout est en place, le téléphone sonne. Le temps de répondre à sa maman que c'est promis, qu'il n'oubliera pas d'acheter deux baguettes de pain et une livre de beurre, le malheureux ne peut que constater que son idole a disparu. Il prendra quand même en photo l'endroit où a eu lieu la rencontre. Mais pour cela il n'a plus besoin de personne et il congédie son photographe bénévole. Un peu plus tard, il racontera à ses copains qu'il a rencontré ce grand footballeur ou cet immense chanteur, mais personne ne le croira jamais. Même sa maman aura des doutes.

Să fii în fotografie


Pe blogul său, scriitorul spaniol Javier Marias constată apetitul politicienilor din zilele noastre pentru fotografie. Desigur, nu este vorba despre orice de fotografie, ci despre acelea în care pot fi văzuți în „companie onorabilă”. În Spania, ca de altfel peste tot, e la modă să te fotografiezi cu BaracK Obama. Și despre Sarkozy se știe că s-a dat peste cap să se fotografieze lângă președintele american. Ba chiar a simțit că, astfel, are și el ceva din prestigiul conferit acestuia de recenta acordare a Premiului Nobel pentru Pace. Dar Marias adaugă: „În ce anume este interesantă această falsă intimitate cu personalitățile? Aduce cumva un plus de inteligență sau de valoare? Prestigiul este oare contagios? Aceste exhibiții sau trofee fotografice îmi par de o vulgaritate absolută și denotă o personalitate complexată, presomptuoasă și naivă.” Acesta citează exemplul unui om politic spaniol ce dorea cu orice preț să se fotografieze cu Obama, dar cum i s-a explicat că acesta avea din păcate altceva de făcut, s-a consolat în final cu o fotografie alături de guvernatorul din New Mexico. „Aceste gesticulații, spune scriitorul, sunt opera cuiva care se consideră el însuși un rahat. Și nu e de preferat ca cineva care are mari responsabilități politice în Spania să aibă asemenea preocupări.” Javier Marias denunță de asemenea ridicolul restaurantelor în care îi poți vedea pe patroni alături de Papă, Bush sau Berlusconi în fotografii cu ramă poleită. Pentru el acest lucru dovedește o mare lipsă de gust și scot la iveală o mediocritate fără margini. Este cu atât mai derizoriu cu cât, datorită progresului tehnicii informatice, puteți fi văzut pe Internet sărutând-o pe Marylin Monroe sau jucând cărți cu Fidel Castro. Mulțumim, Photoshop!
Îmi amintesc de un consilier cultural al Ambasadei Franței de la Kiev, care ținea morțiș să apară sistematic în compania diverșilor artiști cunoscuți ce erau invitați să susțină spectacole. Astfel, acesta se strecura lângă muzicianul Richard Galliano (care se întreba de altfel dacă nu cumva face parte din poliția politică ucraineană), dar și lângă Mireille Mathieu, ce nu fusese invitată, dar care se afla în turneu prin Ucraina. Trebuia cu orice preț ca el să reprezinte Franța la brațul acestei eterne starlete a cântecului franțuzesc. Cu atât mai mult cu cât, adăuga el, era cântăreața preferată a președintelui ucrainean. Trebuie să spun că acesta făcea parte dintre acei indivizi care, în relațiile cu subordonații, știau să îmbine perfect inutilul cu dezagreabilul, dar care erau erau de o servilitate și de o complezență fără seamăn în prezența ambasadorului. Mai avea și niște ticuri nervoase pe de asupra. Cred că-i plăcea tare mult să fie fotografiat, fiindcă acela era singurul moment în care ticul îi dispărea și chipul îi era destins. În ceea ce privește restul, tot ce reținuse el din activitatea diplomatică era faptul că orice frază trebuia începută cu: „Dar nu vă e teamă că ...?”. De fapt era de o asemenea prudență încât nu trebuia niciodată să se zică ceva rău de Stalin sau de Hitler în prezența lui. „Nu vă este teamă că acest lucru îi indispune pe interlocutorii noștri? Nu credeți că vor îngheța apele?”
În ziua de azi, orice telefon mobil se transformă într-o clipă în aparat de fotografiat și poți vedea adesea trecători asaltând o persoană cunoscută zicându-i: „Aaa! V-am recunoscut! Permiteți? Aș vrea atât de mult să fac o fotografie cu dumneavoastră! Vă rog frumos! Vă admir de când eram mic... și mama mea la fel!”.
Problema este că e nevoie de o a treia persoană pentru ca dorința să fie îndeplinită. Atunci, fanaticul roagă un alt trecător să facă pe fotograful. Și asta nu-i chiar așa simplu pentru că toată lumea se teme de toată lumea și, bineînțeles, fiecare este grăbit. În final, se găsește totuși un tânăr amabil dispus să se dedice acestei cauze nobile, dar din păcate nu știe prea bine cum se utilizează aparatul. Apasă greșit pe butoane și dă drumul la jocuri și la muzică. Vedeta se imacientează, dar își păstrează zâmbetul, marca sa de fabricație. După un curs rapid de inițiere în tehnica modernă, fotograful este, în sfârșit, pregătit de acțiune. Dar mai trebuie să calculeze poziția soarelui și să aibă grijă ca nimeni să nu treacă prin fața protagoniștilor. Și când toate detaliile sunt puse la punct, telefonul începe să sune. În timp ce îi răspunde mamei sale și îi promite că nu va uita să cumpere două franzele și un pachet de unt, nefericitul constată că idolul său a dispărut. Fotografiază totuși locul în care a avut loc întâlnirea. Pentru asta nu mai are nevoie de ajutor, așa că își „concediază” fotograful benevol. În scurt timp le va povesti prietenilor că l-a întâlnit pe acest mare fotbalist sau cântăreț de renume, însă nimeni nu-l va crede niciodată. Chiar și mama lui va avea ceva îndoieli.

vendredi 30 octobre 2009

Un enfant dans la rue.


Je voudrais aujourd'hui évoquer ce que je considère comme un échec personnel. Lorsque j'étais directeur du CCF de Iasi, j'avais pour habitude de faire le soir des achats dans un magasin du centre-ville et je rencontrais ainsi régulièrement un enfant qui mendiait. Le voyant chaque jour ou presque, j'avais entamé un contact avec lui. Je lui parlais en même temps que je lui achetais de quoi manger. Et puis, un jour, il m'a montré où il dormait. C'était sur un paillasson devant la porte d'un particulier au second étage d'un immeuble. Il avait l'autorisation d'y dormir à condition d'être parti le matin avant que les occupants de l'appartement ne sortent pour aller travailler. Je me demandais souvent alors : comment peut-on dormir en sachant qu'un enfant passe la nuit sur le paillasson?
De mon côté, je faisais chaque jour un peu plus connaissance avec Georghita. Il avait huit ans, il était évidemment analphabète, mais il me semblait un enfant intelligent, éveillé, courageux. Un jour, lassé de le trouver dans cette posture de mendiant, je décidai de m'occuper de lui plus sérieusement. Le problème, me semblait-il, était de lui faire retrouver le chemin de l'école. C'est ainsi que j'ai appris qu'en fait il s'était sauvé de ce qu'on appelle en Roumanie une « Casa de copii », c'est-à-dire orphelinat. Ses parents étaient morts et il avait un frère et trois sœurs (deux d'entre elles ont été par la suite adoptées en Italie). J'ai donc pris contact avec les autorités locales qui avaient pour charge les enfants de la rue. D'abord on m'a dit qu'il était hors de question de l'accepter à l'école, vu qu'il était en haillons. J'ai habillé et lavé cet enfant, puis je l'ai à nouveau représenté. On m'a répondu qu'il était malade mental et qu'on ne pouvait pas le mettre en contact avec d'autres enfants. Je suis allé voir le psychiatre le plus renommé de l'hôpital Socola à Iasi, qui a trouvé l'enfant tout-à-fait normal et qui m'a donné des certificats médicaux. J'ai donc eu un entretien avec les responsables de l'enfance malheureuse à Iasi, très fâchés de mon entêtement. Ils m'ont demandé ce qui motivait mon attirance pour Gheorgita. J'ai dit que simplement j'avais essayé de l'aider et de lui trouver une école. De plus en plus suspicieux, mes interlocuteurs voulaient me faire dire que j'avais plus que de la compassion pour cet enfant. Sans cesse revenait cette question : « Pourquoi vous intéressez-vous à cet enfant? » Et jamais ils ne proposaient une solution pour l'enfant lui-même. Il disait qu'à huit ans il était « irrécupérable » et que d'ailleurs son père avait fait de la prison.
J'ai pris l'enfant chez moi quelques temps. Et un jour un enfant plus jeune est venu me remercier parce que c'est lui qui avait hérité du paillasson libéré par Gheorghita. En même temps, je recevais des coups de téléphone anonymes du style : « Nous pouvons vous proposer des enfants plus dépravés... » Un jour, un médecin est venu me voir au Centre Culturel et il m'a proposé de me soigner, parce qu'il avait su que je m'étais rendu à l'hôpital psychiatrique. Nous avions décidé d'offrir à une association qui s'occupait des enfants des rues les jouets que nous avions en trop au CCF et cette association ne se manifestait pas. J'ai donc pris plusieurs cartons pour leur apporter. A ma grande surprise, les jouets furent refusés. J'en demandai la raison et, après bien des tergiversations, je compris qu'ils ne pouvaient pas accepter les cadeaux venant d'un pédophile. Oui, le mot était lâché. Toute cette période était vraiment pénible. Je ne pouvais attaquer parce que, bien sûr, personne n'avait écrit cela dans un journal. Je demandais alors qu'on accuse officiellement et personne ne le faisait. Certains m'expliquaient que de toute façon il ne m'arriverait rien puisque j'étais soutenu par l'ambassade de France. Avant nous nous amusions souvent ensemble, tant j'appréciais la spontanéité et la jovialité de Gheorghita. Désormais je n'osais même plus un geste de tendresse vers lui, tant j'avais peur que cela soit mal interprété.
Après bien des péripéties, bien des fugues de l'enfant qui n'avait plus confiance dans les adultes, il fut repris par la Casa de Copii. Ensuite, je fus nommé à Kiev. Ce qui était alors un échec relatif, devint un échec total pour moi. J'appris que Gheoghita était en prison pour quelques larcins mineurs. Depuis lors, il y est retourné plusieurs fois pour les mêmes raisons. Il y était encore quand j'ai quitté Iasi il y a un an. Bien sûr, je suis coupable de naïveté dans cette affaire. Peut-être ai-je été présomptueux. Peut-être n'ai-je pas su m'y prendre avec les autorités locales, mais je demeure convaincu que cet enfant était « récupérable ».

Un copil în stradă


Aș vrea să evoc astăzi un lucru pe care îl consider un eșec personal. Pe vremea când eram director al Centrului Cultural Francez din Iași, aveam obiceiul să fac seara cumpărături într-un magazin din centrul orașului și astfel întâlneam sistematic un copil care cerșea. Văzându-l în fiecare zi sau aproape, începusem să intru în vorbă cu el. Schimbam câteva cuvinte în timp ce îi cumpăram câte ceva de mâncare. Iar apoi, într-o zi, mi-a arătat unde dormea. Pe un ștergător de picioare din fața unui apartament de la etajul doi al unui bloc. I se permisese să doarmă acolo cu condiția să plece dimineața înainte ca locatarii să meargă la serviciu. Mă întrebam adesea: cum poți dormi liniștit, știind că un copil își petrece noaptea pe ștergătorul din fața ușii tale?
Pe măsură ce zilele treceau, îl cunoșteam pe Gheorghiță din ce în ce mai mult. Avea opt ani, era bineînțeles analfabet, dar mi se părea un copil inteligent, dezghețat și curajos. Într-o zi, sătul de a-l găsi permanent în această postură de cerșetor, m-am gândit să mă ocup de el mai serios. Principala problemă era, după părerea mea, să-l conving să se reîntoarcă la școală. Astfel, am aflat că fugise de la Casa de Copii. Părinții lui erau decedați și avea un frate și trei surori, tot la orfelinat, ulterior adoptați în Italia. Am contactat autoritățile locale ce se ocupau de copiii străzii. Mai întâi, mi s-a spus că nici nu se pune problema să fie reprimit la școală, așa murdar și zdrențuros. L-am dus să facă baie și i-am cumpărat haine noi, apoi l-am dus din nou în fața autorităților. Mi s-a spus că este bolnav mintal și că nu poate fi integrat într-un colectiv, la școală. Am luat legătura cu cel mai renumit psihiatru din Iași, de la Spitalul Socola, care a găsit copilul foarte normal și mi-a furnizat și certificatele medicale după consult. Am avut apoi încă o întâlnire cu cei ce se ocupau de „copilăriile nefericite”, de data aceasta foarte supărați de încăpățânarea mea. M-au întrebat ce interes aveam să mă ocup atât de mult de Gheorghiță. Le-am răspuns că nu doream decât să-l ajut și să revină la școală. Din ce în ce mai suspicioși, interlocutorii mei voiau să mă determine să spun că de fapt aveam mai mult decât o simplă compasiune pentru acest copil. Mă întrebau fără încetare: „De ce vă interesează așa de mult acest copil?”. Dar niciodată, în schimb, nu se gândeau la o soluție pentru EL. Spuneau că, la opt ani, copilul este „irecuperabil” și că, de altfel, tatăl său făcuse un timp pușcărie.
Am luat copilul la mine acasă pentru un timp. Și într-o zi, un copil și mai mic a venit să-mi mulțumească pentru că el era cel care „moștenise” ștergătorul din fața ușii, „eliberat” de Gheorghiță. În același timp, primeam telefoane anonime de genul: „Noi v-am putea propune copii și mai depravați dacă vă interesează...”. Într-o altă zi, un medic a venit să mă vadă la Centrul Cultural Francez și m-a sfătuit să mă tratez, pentru că aflase de vizita mea la Spitalul de psihiatrie. Dar nu aflase că, de fapt, fusesem cu copilul. Împreună cu echipa mea, am hotărât să oferim unei asociații care se ocupa de copiii străzii jucăriile pe care le aveam în plus la ludoteca Centrului Cultural Francez. Am umplut deci câteva cutii de carton și le-am dus. Spre marea mea surpriză, jucăriile au fost refuzate. Am întrebat din ce motiv și, după multe tergiversări, mi-am dat seama de ceea ce insinuau: nu puteau accepta cadouri din partea unui pedofil. Da, în sfârșit, cuvântul le scăpase pe gură! Toată această perioadă a fost de-a dreptul penibilă. Să îi atac în justiție nu puteam pentru că, bineînțeles, nimeni nu mă acuzase pe șleau în vreun ziar. Le-am cerut atunci să mă acuze „oficial”, însă nimeni nu a făcut-o. Unii mi-au spus chiar că, oricum, nu mi se va întâmpla absolut nimic, din moment ce eram susținut de Ambasada Franței. Înainte, mă distram și glumeam cu Gheorghiță, atât de mult îi apreciam spontaneitatea și jovialitatea. De atunci nu mai îndrăzneam să fac niciun gest de tandrețe, de teamă că va fi interpretat cine știe cum.
După multe peripeții, după multe fugi ale copilului care nu mai avea deloc încredere în adulți, a fost reprimit la Casa de Copii. Apoi, am fost numit în funcție la Kiev. Ceea ce înainte a fost un eșec relativ, s-a transformat atunci într-un eșec total pentru mine. Am aflat că Gheorghiță este în închisoare, pentru niște furturi minore. După ce a fost eliberat, a mai fost închis de câteva ori, din aceleași motive. Era încă la închisoare acum un an, când am părăsit definitiv Iașiul. Bineînțeles, mă fac vinovat de naivitate în această afacere. Poate am visat prea mult. Sau poate că nu am știut cum să procedez cu autoritățile locale, dar încă mai sunt convins că acest copil era „recuperabil”.

vendredi 16 octobre 2009

Fin politique


En 1968, quand j'étais à l'Université, j'avais rencontré un étudiant qui ne faisait pas de politique. Nous l'observions avec curiosité et parfois même il faisait pitié. De Gaulle et les grèves, il ne voulait pas entendre parler. Il était étudiant et il voulait ETUDIER. Quand on lui tendait un tract, il rétractait brusquement son poignet de façon à ne pas le prendre. On lui aurait tendu une torche enflammée, il l'aurait prise avec plus d'empressement. Il était sourd aux slogans et invisible aux manifestations. De notre côté, nous pensions avec Montalembert : Vous avez beau ne pas vous occuper de politique, la politique s'occupe de vous tout de même. .
Aujourd'hui, c'est celui qui fait de la politique qui est devenu une bête curieuse et souvent sujet aux moqueries du groupe. En réalité, tout est fait pour un désengagement de tous et particulièrement de la jeunesse. Assurément, la trahison de la bureaucratie stalinienne a joué son rôle. Dans l'Europe de l'Est, par exemple, les étudiants ont été dépolitisés. Je me souviens avoir discuté avec un jeune de l'Université de Craiova qui m'annonçait fièrement : «Je suis du parti vert!»
«Ecologiste?» ai-je demandé. «Non» a-t-il ajouté en me montrant un billet de 50 dollars. Son parti vert était le dollar.
Le 30 septembre dernier, sur la radio France-Inter, des étudiants chinois sont interviewés : «Entre nous, nous ne parlons jamais politique; le gouvernement s'en occupe très bien tout seul.» Voilà la réalité. La politique doit être confiée à des professionnels. Vous n'avez plus qu'à choisir entre le camp A et le camp B. De fait, le candidat A et le candidat B étaient à l'origine très différents; tout les opposait. Et puis, avec le temps... Le fait aussi de se fréquenter, de se tutoyer, de prendre ensemble un verre à la buvette de l'Assemblée Nationale ou du Sénat, cela fait qu'aujourd'hui il faut des journalistes extrêmement spécialisés pour distinguer les idées de droite de celles de la gauche, les projets conservateurs des programmes socialistes, les lois libérales des décrets démocrates.
Les politiciens ont par ailleurs tout intérêt à ce que le reste de la population se désintéresse de la politique. Ils restent entre eux, dans leur pré carré. Ils cumulent les mandats et les situations de rente. Mais l'urgence est d'éloigner en priorité le jeunesse de la vie politique. «La jeunesse est le fer de lance de la révolution», on le sait bien. Il ne faudrait pas que les étudiants apprennent que le mot politique vient du grec et qu'il signifie à l'origine : organisation de la cité. Il ne faudrait pas non plus rappeler ce qu'écrivait Aristote : «L'homme est naturellement un animal politique.» Déjà on remarque que partout en Europe les présidents, les ministres, les responsables «au plus haut niveau», ces gens-là, on les connaît depuis belle lurette, et certains depuis très belle lurette. En France, en 1981, un tiers des députés avaient moins de 40 ans. Ce pourcentage est tombé en 2002 à 4,2 %. C'est un signe qu'on donne aux jeunes : «N'espérez rien avant 55 ans.» «Et puis regardez dans quel état est la planète! Engagez-vous dans la lutte contre le réchauffement climatique, contre la disparition des espèces menacées (le Rhin et le Danube sont à ce point pollués que les poissons toussent) et pour le ramassage des papiers gras, cela sera plus utile que de vous inscrire dans un vain combat politicien.» Comme si le désastre écologique n'était pas dû avant tout à des décisions politiques. De plus, le qualificatif politicien, toujours péjoratif, vient à point nommé pour donner le dernier coup et dévaloriser toute attitude de révolte ou de contestation. Déjà la définition du qualificatif politique à travers les siècles est instructif. Depuis une origine noble (qui est relatif aux affaires publiques ), l'acception évolue au cours des siècles et le terme devient plus douteux. On dit qu'un fin politique est quelqu'un de rusé et adroit, qui s'accommode à l'humeur des personnes qu'il a intérêt de ménager, qu'il est prudent et réservé. Ce n'est vraiment plus très engageant, surtout pour un jeune qui a envie de passer à l'action.
Dans le passé, quand la jeunesse était par trop turbulente, il y avait toujours une guerre pour calmer ses ardeurs et pour la transformer en chair à canon. Aujourd'hui, on se sert plutôt de laxatifs. Et surtout ne faites pas de politique, l'Etat s'en charge si bien.